… et aux semelles de vent a clôturé la 34è édition du festival de la Côte d’Opale dans les rues de Boulogne sur mer devant plus de 12 000 spectateurs (photo JLD).
Des images. Des voix noires. Des nomades. Une cantatrice et son piano sur l’eau. Un guitariste perché, un pianiste suspendu. Une image. Un homme, seul au dessus du vide, un fil sous les pieds, un balancier pour seul repère. S’il est une image qu’il faut retenir du final du festival de la côte d’Opale, dimanche soir dans le port de Boulogne, c’est celle-là. Deux cent mètres parcourus d’un bout du chenal au haut d’un building. Un chemin qui s’élève, part à quinze mètres de hauteur pour s’achever à quarante. Un homme pour combler le vide, Jade Kindar-Martin, funambule américain.
Quatre mois qu’il y pensait. Arrivé à Boulogne au mois d’avril pour des repérages, « j’ai vu ce lieu qui m’appelait, ce bâtiment idéalement placé », cet espace à parcourir pour créer du sens. Sa quête réside là. Inventer un sens pour ce qui n’en a pas. « Il n’y a rien qui explique l’acte du funambule, il n’a pas de raison de s’élever, de risquer sa vie au-dessus d’un bassin, du bitume, dit Jade Kindar-Martin. Sauf que le faire, ça crée du sens en chaque personne. Certains ont peur que je tombe, d’autres sont émus que je fasse cette traversée sans sécurité, sans autre aide que moi et mon balancier. J’ai l’impression que les gens sont vides au départ, qu’au fur et à mesure que j’avance, ils se remplissent. Bien sûr j’ai peur, mais je sens leurs regards, je vois que je les touche, c’est tangible et ça me fait avancer. »
Là-haut, « je me sens en sécurité. Ce fil sous mes pieds, c’est comme le sol sous les vôtres, là-haut, je me sens comme vous sur terre ». Vingt-deux ans qu’il ne touche plus terre, Jade Kindar-Martin. A 14 ans, une colonie de vacances circacienne et ce fil, qui l’attire. Celui qui lui enseigne à marcher sur le cablage dit de lui que, s’il n’a pas peur de la hauteur, il fera carrière. « Je l’ai pris comme une manière de me lancer. Je n’avais pas peur. Mais je cherche une raison, toujours. Et je crois que ce sont les gens qui me regardent, chez qui je crée une émotion, qui sont mon repère. »
Dimanche soir, il a eu peur là-haut. Le vent, l’humidité. Le vide. Et puis le retour à la terre, à quarante mètres de haut, sur le toit d’un building. « Quand j’arrive de l’autre côté, je me sens complet. J’ai trouvé la dernière pièce de mon puzzle, celle qui me manquait. Après, je peux avancer. » Vers Nice où une autre traversée de port l’attend. Puis retour à Boulogne ? « J’aimerais bien. Je travaille sur les monuments classés, je souhaiterais pouvoir faire d’autres choses dans cette ville. » Réagencer les pièces de son puzzle. Et du notre en même temps.
Cette 34è édition du Festival de la Côte d’Opale restera dans les mémoires. Pour cela et pour d’autres qui ont su donner une émotion palpable, cette alchimie si particulière qui fait les manifestations qui laissent une trace dans les mémoires.